FICHE A3





Compétence : Identifier l'objet du débat
Activité : Exercices sur des extraits de textes argumentatifs et fiche-bilan sur le travail d'écriture (sujet 1 EAF)

Exercice 1 :

Quel est le thème du fragment suivant ? Reformulez en une phrase l'essentiel de ce que l'auteur veut en dire; composez à votre tour un paragraphe dans lequel vous vous prononcerez sur le même thème.

Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu'ils se bornèrent à coudre leurs habits de peaux avec des épines et des arêtes, à se parer de plumes et de coquillages, à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou embellir leurs arcs et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs, ou quelques grossiers instruments de musique, en un mot, tant qu'ils ne s'appliquèrent qu'à des ouvrages qu'un seul pouvait faire, et qu'à des arts qui n'avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres, sains, bons et heureux, autant qu'ils pouvaient l'être par leur nature et continuèrent à jouir entre eux des douceurs d'un commerce indépendant.

Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes (1755)

Exercice 2 :

1) Quel est le thème abordé dans chacun de ces textes ?
2) Montrez, après les avoir expliquées, en quoi les expressions soulignées représentent des jalons importants dans l'argumentation.


C.Levi-Strauss : La pensée sauvage,(1962)

Cette « pensée sauvage, n'est pas, pour nous, la pensée des sauvages, ni celle d'une humanité primitive ou archaïque, mais la pensée à l'état sauvage, distincte de la pensée cultivée ou domestiquée en vue d'obtenir un rendement. Celle-ci est apparue en certains points du globe et à certains moments de l'histoire, et il est naturel que Comte (1), privé d'informations ethnographiques (et du sens ethnographique que seuls la collecte et le maniement d'informations de ce type permettent d'acquérir), ait saisi la première sous sa forme rétrospective, comme un mode d'activité mentale antérieur à l'autre. (...) Qu'on le déplore ou qu'on s'en réjouisse, on connaît encore des zones où la pensée sauvage, comme les espèces sauvages, se trouve relativement protégée : c'est le cas de l'art, auquel notre civilisation accorde le statut de parc national, avec tous les avantages et les inconvénients qui s'attachent à une formule aussi artificielle.


(1) Comte : 1798-1857, fondateur de la sociologie.
(2) génotype : ensemble de caractères héréditaires d'un individu.

L.Malson : Les Enfants sauvages (1964)

C'est une idée désormais conquise que l'homme n'a point de nature, mais qu'il a - ou plutôt qu'il est une histoire (...). Le comportement, chez l'homme, ne doit pas à l'hérédité spécifique ce qu'il lui doit chez l'animal. Le système de besoins et de fonctions biologiques, légué par le génotype (2) à la naissance, apparente l'homme à tout être animé sans le caractériser, sans le désigner comme membre de l'espèce humaine. En revanche cette absence de déterminations particulières est parfaitement synonyme d'une présence de possibles indéfinis. A la vie close, dominée et réglée par une nature donnée, se substitue ici l'existence ouverte, créatrice et ordonnatrice d'une nature acquise. Ainsi, sous l'action des circonstances culturelles, une pluralité de types sociaux, et non un seul type spécifique, pourront-ils apparaître diversifiant l'humanité selon le temps et l'espace. Ce que l'analyse même des similitudes retient de commun chez les hommes, c'est une structure de possibilités, voire de probabilités qui ne peut passer à l'être sans contexte social, quel qu'il soit. Avant la rencontre d'autrui et du groupe, l'homme n'est rien que des virtualités aussi légères qu'une transparente vapeur. Toute condensation suppose un milieu, c'est-à-dire le monde des autres.

Exercice 3 :

- Formulez brièvement les principales caractéristiques de la « culture de masse » contemporaine, selon E.Morin.
- Relevez dans le texte les termes relevant des champs lexicaux de la « loi » et de la « liberté ».
- Enfantin et Infantile , quelle différence de sens y a-t-il entre ces deux mots ? Quelles sont les connotations qui s'y attachent ?
- Quel est l'effet produit par les nombreuses séries de termes juxtaposés ou coordonnés (par ou) ?

La vie n'est pas seulement plus intense dans la culture de masse. Elle est autre. Nos vies quotidiennes sont soumises à la loi. Nos instincts sont réprimés. Nos désirs sont censurés. Nos peurs sont camouflées, endormies. Mais la vie des films, des romans, des faits divers est celle où la loi est enfreinte, dominée ou ignorée, où le désir devient aussitôt amour victorieux, où les instincts deviennent violences, coups, meurtres, où les peurs deviennent suspenses, angoisses. C'est la vie qui connaît la liberté, non pas la liberté politique, mais la liberté anthropologique où l'homme n'est plus aux ordres de la norme sociale.
Cette liberté, proprement imaginaire, est celle qu'acquièrent les doubles dans les mythologies archaïques, celle que détiennent les dieux et que conquièrent les héros des mythologies historiques, celle qui privilégie les rois des contes populaires, celle qui apparaît de façon naïve ou absolue dans l'enfantin Tintin ou l'infantile Superman. Mais, dans l'univers réaliste de la culture de masse, la liberté ne s'incarne pas, sinon exceptionnellement, hors de la condition humaine. Elle s'exerce dans des cadres plausibles, mais ces cadres sont supra, extra ou infra-sociaux, c'est-à-dire au-dessus, au-dehors ou au-dessous de la Loi sociale. C'est donc aux horizons géographiques (exotisme) ou historiques (le passé aventureux ou même le futur de science-fiction), ou bien dans les sommets ou les bas-fonds de la vie vécue que se déploie la vie qui manque à nos vies.

E.Morin, L'Esprit du temps, Grasset (1962)